Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 21:49

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Les gaullistes de gauche : 1945-1970 ou le gaullisme de gauche au temps de de Gaulle.

L’histoire du gaullisme de gauche peut se diviser en quatre moments. Dans ce premier article - en fait coupé en deux car notre blog ne nous permettait pas de le publier en une fois, donc vous trouverez la suite ci-après (voir le gaullisme de gauche : la seconde vague en 1958) -, nous proposons de traiter des deux premiers moments, correspondants aux lendemains de la Libération, puis au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, jusqu’à la disparition de ce dernier, en nous référant à l’ouvrage d’Henri LERNER, De Gaulle et la gauche[1], à des articles de l’Encyclopaedia Universalis et aux notices biographiques présentes sur le site de l’Assemblée Nationale. Pourtant, par rapport au propos d’Henri LERNER nous tentons ici d’inverser la relation : ce qui nous intéresse n’est pas tant les relations de de Gaulle avec la gauche, que les relations d’hommes de gauche avec la politique du Général.

Dans un second article, nous nous pencherons sur l’évolution du gaullisme de gauche après la disparition du général de Gaulle, en évoquant l’acceptation de certains principes gaullistes par une partie notable de la gauche – et même parfois, chose surprenante, à l’extrême-gauche – dans le courant des années 1970 et au début des années 1980, puis d’autre part l'affiliation d’un nombre conséquent de gaullistes de gauche aux mouvements se posant – à tort ou à raison – comme les héritiers du gaullisme traditionnel, mais aussi le ralliement de gaullistes de gauche à Jean-Pierre Chevènement, vraiment à gauche de l’échiquier politique dans les années 1980 et 1990. Pour cet article, ne disposant pas d’étude historique spécifique, nous nous référerons essentiellement aux ouvrages historiques généraux et aux notices biographiques de l’Assemblée Nationale. L'article n'est pas prêt, nos lecteurs devront être patients ...

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D’emblée, précisons qu’il a longtemps existé une relation ambiguë entre la gauche et de Gaulle, faite de répulsion et de séduction.

En fait, la gauche de son temps et de Gaulle n’évoluent pas dans les mêmes univers, ne partagent pas les mêmes références intellectuelles, mais, ceci étant posé, malgré tout, entre leurs univers respectifs, des recoupements sont possibles, des visions communes sont partagées. Le charisme du grand homme vient en outre perturber tout positionnement purement idéologique de ses interlocuteurs vis-à-vis de lui : beaucoup adhèrent à l’homme d’action, capable d’impulser le mouvement salvateur, à la geste gaullienne, celle de la lutte pour la Libération d’abord, puis celle conduisant à une politique étrangère autonome à l’égard des Blocs, une politique qui permet la décolonisation puis qui prend en compte le Tiers-Monde, enfin qui valorise un concept né à gauche : la Nation. En résumé, une politique étrangère brillante, celle que la gauche n’a pas su mener sous la IVe République, mais qu’elle aurait globalement aimé faire. Une indication en ce sens ? Les grands axes de cette politique n’ont pas été infléchis après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981. Et il aura fallu attendre la victoire de la « droite de l’argent[2] » avec Nicolas Sarkosy pour que les invariants hérités du gaullisme gaullien en politique étrangère soient sérieusement infléchis …

Pour autant, même si le Général a eu de la sympathie pour les qualités intellectuelles de Jaurès, même s’il a fréquenté dans l’Entre-deux-guerres le salon d’Emile Mayer[3] où il a pu rencontrer des hommes de gauche proches de Léon Blum, même s’il a eu des entretiens avec Léon Blum en personne pendant la même période, même s’il a dirigé après la Libération un gouvernement très orienté à gauche, même s’il a souhaité après 1965 une politique de participation et par conséquent un axe plus social, les personnalités politiques de la gauche française n’ont jamais pu se départir de certaines réserves à son égard.

Suivant Henri LERNER, on peut certainement dire que « Tous les hommes de gauche qui l’ont approché, servi et souvent aimé, ont éprouvé, peu ou prou, la réaction de Jean Gaulmier, authentique Français libre et fervent républicain, qui ne s’est jamais senti à l’aise avec lui, tout en acceptant de le suivre, aussi longtemps qu’il lui a paru se conformer à l’idée qu’il se faisait de la Démocratie et de la République. On sait que ce radical de vieille souche, gaulliste de guerre, alla jusqu’au bout de sa pensée et fit son mea culpa, à la veille de l’élection présidentielle de 1965 en invoquant l’exemple de ces républicains, une poignée il est vrai, qui s’étaient ralliés au Consulat, mais avaient su dire non à l’Empire. Réaction typiquement révélatrice d’un esprit de gauche authentique[4]. » Cela n’a pas empêché que des hommes de gauche persistent à soutenir son action, voyant en de Gaulle non seulement le libérateur de 1944, mais aussi celui capable de donner des institutions stables à la France, le seul homme en mesure de ramener l’armée à la raison suite aux événements d’Algérie, et même, espéraient-ils, celui qui serait capable de mettre en œuvre la grande réforme sociale à condition de rallier à lui une partie notable de la gauche. Ce dernier point ne s’étant pas réalisé, le gaullisme de gauche, du temps du vivant du général, n’a jamais été plus qu’une modeste force … Citons ici la boutade du gaulliste, Alexandre Sanguinetti – qui penchait pourtant vers un certain jacobinisme – à propos de ceux qui choisissaient vraiment de franchir le pas en s’affichant ouvertement  gaullistes de gauche : « C'est un luxe que je ne peux, quant à moi, me payer[5] ! »

1er moment : la première vague en 1945

En 1945, les gaullistes de gauche sont des antifascistes et/ou des résistants. Parmi les premiers, René Capitant – qui a rencontré de Gaulle en Alsace dès 1939 puis est devenu en novembre 1943 le commissaire à l’Education nationale du Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.) à Alger, avant de devenir Ministre de l’Education nationale du Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.) en novembre 1944[6]  –, ou Louis Vallon – qui, lui, l’a rencontré en 1942, avant de siéger à l’Assemblée consultative d’Alger et d’être le directeur adjoint de son cabinet de Président du gouvernement provisoire de la République.

Parmi les seconds, André Weil-Curiel – un des premiers gaullistes de 1940[7] –, Léo Hamon – professeur de droit, membre de « Ceux de la résistance », vice-président du Comité parisien de la Libération – Jacques Debu-Bridel – passé de la droite au Front national communiste, puis au gaullisme –, Jean de Lipkowski – un des rares Français à avoir entendu, de Royan, le message du 18 Juin du général de Gaulle, qu’il est parvenu à rejoindre à Londres, après plusieurs échecs, en passant par l’Espagne[8].

Au lendemain du discours de Bayeux, en juillet 1946, René Capitant et Léo Hamon rallient des hommes de gauche favorables aux idées constitutionnelles du Général et fondent une Union gaulliste qui obtient 17 élus[9] aux élections de novembre 1946 : trop peu pour impulser une dynamique au mouvement. L’Union est dissoute lors de la création du RPF en avril 1947[10], et René Capitant entraîne alors ses amis dans ce parti[11], devant lui-même le premier président du groupe d’Action démocratique et sociale, émanation parlementaire du R.P.F[12], puis le président du Conseil national du R.P.F. Il n’est pas réélu en 1951, ayant choisi de ne plus se présenter dans le département de la Seine mais en Isère. Il n’hésite pas à soutenir publiquement Pierre-Mendès France en 1953 et 1954, puis devient Garde des Sceaux, ministre de la justice du 31 mai 1968 à juin 1969[13]

Pendant ce temps, Louis Vallon, devenu directeur de l'Administration des monnaies et médailles (1946-1951), a participé au lancement du R.P.F. Il en devient le délégué général pour la région parisienne en 1947, et assure alors conjointement le secrétaire général de l'Action professionnelle ouvrière et sociale, l'aile gauche du gaullisme. Elu député R.P.F. de la Seine en 1951, il quitte pourtant en 1953 le groupe gaulliste à l’Assemblée nationale[14] face aux dérives droitières d’autres élus de sa formation.

(A suivre dans l'article publié ci-dessous …)

 



[1] Henri LERNER a été professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-XII Val de Marne) au milieu des années 1990. Il a écrit plusieurs ouvrages autour des relations et amitiés de de Gaulle, dont Emile Mayer, un prophète bâillonné, dont est tiré un autre article disponible sur ce blog, mais aussi Catroux, Albin Michel, 1990, et a rédigé des articles de l’Encyclopaedia Universalis.

[2] Notons ici qu’il y a plusieurs droites, comme l’a noté si bien René Rémond, et que parmi elles existent parfois des oppositions notables. La famille du général de Gaulle s’inscrit dans la tradition de la droite catholique et monarchiste, la droite de l’honneur et de l’ordre, de l’Eglise et de l’Armée, qui éprouve un certain mépris pour la droite de l’argent. Ces lignes de fracture, le monarchisme en moins, se retrouvent encore aujourd’hui, comme le met en évidence un article récent du Monde commentant la mauvaise perception de la réforme de l’armée par une partie de la droite, celle-là même qui est héritière de la droite de l’honneur et de l’ordre évoquée précédemment dans cette note.

[3] Voir à ce propos l’autre ouvrage d’Henri LERNER, dont nous avons donné un compte-rendu de lecture sur ce blog, Emile Mayer, un prophète bâillonné, Editions Michalon, 1995

[4] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994, p. 8

[5] Pierre DABEZIES, article « Alexandre SANGUINETTI » (1913-1980) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[6] A l’adresse http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/capitant-rene-marie-alphonse-charles-19081903.asp on peut lire  « en 1939, [René Capitant] est affecté à l'Etat major de la 4e armée française. Dans ces fonctions, il rencontre, à Wangenbourg, le colonel Charles de Gaulle »

[7] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[11] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[14] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004

Publié dans : histoire contemporaine
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