Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 21:49

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Les gaullistes de gauche : 1945-1970 ou le gaullisme de gauche au temps de de Gaulle.

L’histoire du gaullisme de gauche peut se diviser en quatre moments. Dans ce premier article - en fait coupé en deux car notre blog ne nous permettait pas de le publier en une fois, donc vous trouverez la suite ci-après (voir le gaullisme de gauche : la seconde vague en 1958) -, nous proposons de traiter des deux premiers moments, correspondants aux lendemains de la Libération, puis au retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, jusqu’à la disparition de ce dernier, en nous référant à l’ouvrage d’Henri LERNER, De Gaulle et la gauche[1], à des articles de l’Encyclopaedia Universalis et aux notices biographiques présentes sur le site de l’Assemblée Nationale. Pourtant, par rapport au propos d’Henri LERNER nous tentons ici d’inverser la relation : ce qui nous intéresse n’est pas tant les relations de de Gaulle avec la gauche, que les relations d’hommes de gauche avec la politique du Général.

Dans un second article, nous nous pencherons sur l’évolution du gaullisme de gauche après la disparition du général de Gaulle, en évoquant l’acceptation de certains principes gaullistes par une partie notable de la gauche – et même parfois, chose surprenante, à l’extrême-gauche – dans le courant des années 1970 et au début des années 1980, puis d’autre part l'affiliation d’un nombre conséquent de gaullistes de gauche aux mouvements se posant – à tort ou à raison – comme les héritiers du gaullisme traditionnel, mais aussi le ralliement de gaullistes de gauche à Jean-Pierre Chevènement, vraiment à gauche de l’échiquier politique dans les années 1980 et 1990. Pour cet article, ne disposant pas d’étude historique spécifique, nous nous référerons essentiellement aux ouvrages historiques généraux et aux notices biographiques de l’Assemblée Nationale. L'article n'est pas prêt, nos lecteurs devront être patients ...

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D’emblée, précisons qu’il a longtemps existé une relation ambiguë entre la gauche et de Gaulle, faite de répulsion et de séduction.

En fait, la gauche de son temps et de Gaulle n’évoluent pas dans les mêmes univers, ne partagent pas les mêmes références intellectuelles, mais, ceci étant posé, malgré tout, entre leurs univers respectifs, des recoupements sont possibles, des visions communes sont partagées. Le charisme du grand homme vient en outre perturber tout positionnement purement idéologique de ses interlocuteurs vis-à-vis de lui : beaucoup adhèrent à l’homme d’action, capable d’impulser le mouvement salvateur, à la geste gaullienne, celle de la lutte pour la Libération d’abord, puis celle conduisant à une politique étrangère autonome à l’égard des Blocs, une politique qui permet la décolonisation puis qui prend en compte le Tiers-Monde, enfin qui valorise un concept né à gauche : la Nation. En résumé, une politique étrangère brillante, celle que la gauche n’a pas su mener sous la IVe République, mais qu’elle aurait globalement aimé faire. Une indication en ce sens ? Les grands axes de cette politique n’ont pas été infléchis après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981. Et il aura fallu attendre la victoire de la « droite de l’argent[2] » avec Nicolas Sarkosy pour que les invariants hérités du gaullisme gaullien en politique étrangère soient sérieusement infléchis …

Pour autant, même si le Général a eu de la sympathie pour les qualités intellectuelles de Jaurès, même s’il a fréquenté dans l’Entre-deux-guerres le salon d’Emile Mayer[3] où il a pu rencontrer des hommes de gauche proches de Léon Blum, même s’il a eu des entretiens avec Léon Blum en personne pendant la même période, même s’il a dirigé après la Libération un gouvernement très orienté à gauche, même s’il a souhaité après 1965 une politique de participation et par conséquent un axe plus social, les personnalités politiques de la gauche française n’ont jamais pu se départir de certaines réserves à son égard.

Suivant Henri LERNER, on peut certainement dire que « Tous les hommes de gauche qui l’ont approché, servi et souvent aimé, ont éprouvé, peu ou prou, la réaction de Jean Gaulmier, authentique Français libre et fervent républicain, qui ne s’est jamais senti à l’aise avec lui, tout en acceptant de le suivre, aussi longtemps qu’il lui a paru se conformer à l’idée qu’il se faisait de la Démocratie et de la République. On sait que ce radical de vieille souche, gaulliste de guerre, alla jusqu’au bout de sa pensée et fit son mea culpa, à la veille de l’élection présidentielle de 1965 en invoquant l’exemple de ces républicains, une poignée il est vrai, qui s’étaient ralliés au Consulat, mais avaient su dire non à l’Empire. Réaction typiquement révélatrice d’un esprit de gauche authentique[4]. » Cela n’a pas empêché que des hommes de gauche persistent à soutenir son action, voyant en de Gaulle non seulement le libérateur de 1944, mais aussi celui capable de donner des institutions stables à la France, le seul homme en mesure de ramener l’armée à la raison suite aux événements d’Algérie, et même, espéraient-ils, celui qui serait capable de mettre en œuvre la grande réforme sociale à condition de rallier à lui une partie notable de la gauche. Ce dernier point ne s’étant pas réalisé, le gaullisme de gauche, du temps du vivant du général, n’a jamais été plus qu’une modeste force … Citons ici la boutade du gaulliste, Alexandre Sanguinetti – qui penchait pourtant vers un certain jacobinisme – à propos de ceux qui choisissaient vraiment de franchir le pas en s’affichant ouvertement  gaullistes de gauche : « C'est un luxe que je ne peux, quant à moi, me payer[5] ! »

1er moment : la première vague en 1945

En 1945, les gaullistes de gauche sont des antifascistes et/ou des résistants. Parmi les premiers, René Capitant – qui a rencontré de Gaulle en Alsace dès 1939 puis est devenu en novembre 1943 le commissaire à l’Education nationale du Comité Français de Libération Nationale (C.F.L.N.) à Alger, avant de devenir Ministre de l’Education nationale du Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.) en novembre 1944[6]  –, ou Louis Vallon – qui, lui, l’a rencontré en 1942, avant de siéger à l’Assemblée consultative d’Alger et d’être le directeur adjoint de son cabinet de Président du gouvernement provisoire de la République.

Parmi les seconds, André Weil-Curiel – un des premiers gaullistes de 1940[7] –, Léo Hamon – professeur de droit, membre de « Ceux de la résistance », vice-président du Comité parisien de la Libération – Jacques Debu-Bridel – passé de la droite au Front national communiste, puis au gaullisme –, Jean de Lipkowski – un des rares Français à avoir entendu, de Royan, le message du 18 Juin du général de Gaulle, qu’il est parvenu à rejoindre à Londres, après plusieurs échecs, en passant par l’Espagne[8].

Au lendemain du discours de Bayeux, en juillet 1946, René Capitant et Léo Hamon rallient des hommes de gauche favorables aux idées constitutionnelles du Général et fondent une Union gaulliste qui obtient 17 élus[9] aux élections de novembre 1946 : trop peu pour impulser une dynamique au mouvement. L’Union est dissoute lors de la création du RPF en avril 1947[10], et René Capitant entraîne alors ses amis dans ce parti[11], devant lui-même le premier président du groupe d’Action démocratique et sociale, émanation parlementaire du R.P.F[12], puis le président du Conseil national du R.P.F. Il n’est pas réélu en 1951, ayant choisi de ne plus se présenter dans le département de la Seine mais en Isère. Il n’hésite pas à soutenir publiquement Pierre-Mendès France en 1953 et 1954, puis devient Garde des Sceaux, ministre de la justice du 31 mai 1968 à juin 1969[13]

Pendant ce temps, Louis Vallon, devenu directeur de l'Administration des monnaies et médailles (1946-1951), a participé au lancement du R.P.F. Il en devient le délégué général pour la région parisienne en 1947, et assure alors conjointement le secrétaire général de l'Action professionnelle ouvrière et sociale, l'aile gauche du gaullisme. Elu député R.P.F. de la Seine en 1951, il quitte pourtant en 1953 le groupe gaulliste à l’Assemblée nationale[14] face aux dérives droitières d’autres élus de sa formation.

(A suivre dans l'article publié ci-dessous …)

 



[1] Henri LERNER a été professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-XII Val de Marne) au milieu des années 1990. Il a écrit plusieurs ouvrages autour des relations et amitiés de de Gaulle, dont Emile Mayer, un prophète bâillonné, dont est tiré un autre article disponible sur ce blog, mais aussi Catroux, Albin Michel, 1990, et a rédigé des articles de l’Encyclopaedia Universalis.

[2] Notons ici qu’il y a plusieurs droites, comme l’a noté si bien René Rémond, et que parmi elles existent parfois des oppositions notables. La famille du général de Gaulle s’inscrit dans la tradition de la droite catholique et monarchiste, la droite de l’honneur et de l’ordre, de l’Eglise et de l’Armée, qui éprouve un certain mépris pour la droite de l’argent. Ces lignes de fracture, le monarchisme en moins, se retrouvent encore aujourd’hui, comme le met en évidence un article récent du Monde commentant la mauvaise perception de la réforme de l’armée par une partie de la droite, celle-là même qui est héritière de la droite de l’honneur et de l’ordre évoquée précédemment dans cette note.

[3] Voir à ce propos l’autre ouvrage d’Henri LERNER, dont nous avons donné un compte-rendu de lecture sur ce blog, Emile Mayer, un prophète bâillonné, Editions Michalon, 1995

[4] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994, p. 8

[5] Pierre DABEZIES, article « Alexandre SANGUINETTI » (1913-1980) in Encyclopaedia Universalis, 2004

[6] A l’adresse http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/capitant-rene-marie-alphonse-charles-19081903.asp on peut lire  « en 1939, [René Capitant] est affecté à l'Etat major de la 4e armée française. Dans ces fonctions, il rencontre, à Wangenbourg, le colonel Charles de Gaulle »

[7] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[11] Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994

[14] Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004

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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 21:46

(suite de l'article publié ci-avant). Merci de participer à l'amélioration de l'article en laissant vos commentaires.   

2ème moment : la seconde vague en 1958

Il s’agit de personnalités attirées par l’esprit progressiste du Général, et qui pensent que lui seul est capable de faire rentrer l’armée dans le rang suite aux événements d’Algérie. On trouve parmi elles Maurice Clavel, Jean-Claude Servan-Schreiber, Jacques Dauer, Louis Vallon, Léo Hamon et de manière moins engagée, le général Billotte (chef d'état-major du général de Gaulle à Londres en 1942, puis, en 1943, secrétaire du Comité de la défense nationale [1]), Gilbert Grandval, ancien résident général au Maroc, ou Philippe Dechartre.

Ces personnalités ne parviennent pas à mettre sur pied un mouvement politique unifié, mais se répartissent entre le Centre de la Réforme Républicaine, le Front du Progrès et l’éphémère Union Travailliste. Confirmant la boutade d’Alexandre Sanguinetti,  tant que ces gaullistes s’affichent nettement de gauche du mouvement, ils rencontrent généralement peu de succès : ainsi, Jean de Lipkowski, candidat du CRR, est battu aux élections législatives du 30 novembre 1958 ; mais il est ensuite continuellement élu député de Charente-Maritime de 1962 à 1995 ...

Le Centre de la Réforme Républicaine est la tentative la plus aboutie. Fondé après l’acceptation du retour du général de Gaulle, dès le début du mois de juin 1958 [2], avec le soutien du Général, et à l’instigation de Jean-Nöel de Lipkowski, Frenay, Barberot, Geneviève de Gaulle et Philippe Dechartre. le secrétaire général en est Jean-Claude Servan-Schreiber, assisté de Maurice Clavel. En plus de ces fondateurs, on compte dans les rangs du mouvement, des gaullistes de la première heure comme André Weil-Curiel, d’anciens élus mendésistes et socialistes comme Pierre Clostermann, Paul Alduy, Georges Juskewiensky, des journalistes de gauche comme Georges Altman ou Charles Ronsere. Le parti présente 80 candidats aux élections législatives d’octobre 1958, dont 25 dans le département de la Seine, mais subit un échec électoral qui met fin à son existence effective.

Refusant de se fondre dans une UNR jugée trop conservatrice, les militants du Centre de la Réforme Républicaine créent, le 14 avril 1959, avec l’assentiment du Général, l’Union Démocratique du Travail, dirigée par Louis Vallon (inquiet de sentir le Général prisonnier de la droite [3], et comptant aussi Léo Hamon, devenu gaulliste de gauche en 1959 après avoir quitte le MRP [4] (il avait tenté d’aider l’abbé Pierre en 1954, le rejet de l’amendement qu’il proposait ayant entraîné la mobilisation que l’on sait), mais encore Maurice Clavel et Jean-Charles Servan-Schreiber (le seul de sa famille a avoir rejoint le gaullisme).

L’UDT, qui veut faire contrepoids à l’UNR (Union pour la Nouvelle République), mais s’associe à elle pour les élections, reste autonome jusqu’à la fin de la Guerre d’Algérie et dispose de quelques élus. Ainsi, Louis Vallon, qui s’est présenté à la députation en Seine-et-Oise et est devenu rapporteur général du budget, sur l’insistance de de Gaulle [5], afin de surveiller le ministre de l'Économie et des Finances, Valéry Giscard d'Estaing, perçu comme trop conservateur par certains députés gaullistes.

L’UDT se fond ensuite dans l’UDR, mais en conservant une attitude critique envers Georges Pompidou, ce qui conduit ce dernier à refuser aux gaullistes de gauche le groupe parlementaire qu’ils souhaitaient former à l’automne 1967. En conséquence, seul Léo Hamon se rend au Congrès de sa formation politique, à Lille, en 1967, René Capitant et ses amis faisant de la résistance. Léo Hamon, finalement élu député de l’Essone en juin 1968, devient secrétaire d’Etat en juin 1969, auprès de Jacques Chaban-Delmas puis porte-parole du gouvernement jusqu’en 1972 et enfin secrétaire d’Etat chargé de la Participation et le l’Intéressement [6]. Quant à Louis Vallon, battu en Seine-et-Oise en 1967, il est réélu l'année suivante dans le XVIIIe arrondissement à Paris [7].

 

D’autres tentatives d’organisation partisane se révèlent moins probantes.

Ainsi, d’une part, le Mouvement pour la Communauté, qui devient par la suite, en 1964, le Front du Progrès dirigé par Jacques Dauer [8]. Jacques Dauer est entré au RPF dès sa fondation en 1947, et il est devenu responsable des jeunes de ce mouvement pour la région parisienne. Il fonde en 1953 Paris-Jeunes, appelé à devenir, après 1958, un des principaux organes de presse du gaullisme de gauche [9]. En mai 1968, Jacques Dauer prend parti pour les étudiants, en dénonçant « la dérive conservatrice du pouvoir [10] »

 

Mais encore, d’autre part, l’Union Travailliste [ou Union Démocratique du Travail] animée par Gilbert Grandval, le général Billotte et Yvon Morandat – qui a rejoint Londres dès 1940.

 

Après son retrait de l’armée en 1950, et « Pour défendre une certaine idée de la France indépendante [11] », le général Billotte adhère initialement au Rassemblement du peuple français (R.P.F.), étant élu député de Côte-d'Or en 1951. Après avoir soutenu le gouvernement Pinay et s'être battu contre la Communauté européenne de défense, il devient ministre de la Défense nationale du cabinet Edgar Faure (oct. 1955-janv. 1956). Engagé contre la pratique de la torture par l'armée en Algérie, il est cofondateur de l'Union démocratique du travail en 1958. Gaulliste de gauche, il est maire de Créteil de 1965 à 1977 – et il inscrit sa commune dans la politique de villes nouvelles – député U.N.R.-U.D.T. de la Seine de 1962 à 1966 et du Val-de-Marne de mars à juin 1967 et sous l'étiquette U.D.R. de juin 1968 à mars 1978, Ministre d'État, il est chargé des D.O.M.-T.O.M. de 1966 à 1968, dans les troisième et quatrième gouvernements Pompidou [12].

Ces mouvements, ainsi que  Centre de la Défense Républicaine et divers groupements ayant refusé de se laisser absorber par l’UNR, intègrent finalement la Convention de la Gauche – Ve République en octobre 1966, sous la direction du secrétaire général Philippe Dechartre. Le ministre Louis Joxe « prête intérêt » au mouvement, mais les résultats se laissent attendre.

Au final, les gaullistes de gauche n’étant pas parvenus à former une formation politique unifiée basée sur leur positionnement, n’ont pas su attirer les 3 millions d’électeurs qui, pourtant, en 1965, avaient voté pour de Gaulle sur son nom sans toutefois se satisfaire de la politique sociale menée par son gouvernement.

 

1  Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004
2  Source : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/lipkowski-de-jean-noel-25121920.asp
3  Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004
4  Charles-Louis FOULON, article « Léo HAMON » (1908-1993) in Encyclopaedia Universalis, 2004
5  Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004
6  Charles-Louis FOULON, article « Léo HAMON » (1908-1993) in Encyclopaedia Universalis, 2004
7  Christian SAUVAGE, article « Louis VALLON » (1901-1981) in Encyclopaedia Universalis, 2004
8  Henri LERNER, De Gaulle et la gauche, L’Interdisciplinaire (avec le concours de l’Université Paris XII – Val de Marne), Limonest, 1994
http://centre-histoire.sciences-po.fr/archives/fonds/jacques_dauer.html
10  idem
11  Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004
12  Charles-Louis FOULON, article « Pierre BILLOTTE » (1906-1992) in Encyclopaedia Universalis, 2004

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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /Août /2008 14:15

 

Une approche des premières écritures 

 

On considère communément que les premières traces d'écriture apparaissent après 3500 avant Jésus-Christ [1], si l'on excepte quelques expériences plus anciennes de conservation matérielle d'une idée, d'un rite ou d'une histoire – comme les galets de Jerf el Ahmar, découverts en 1995-1996 en Syrie [2]; ces graphismes ne peuvent pas être encore considérés comme de l'écriture, mais ils indiquent, tout comme le font les calculii, que l'apparition de l'écriture est l'aboutissement d'un long processus, lui-même en relation avec le développement d'activités économiques au Proche-Orient. En effet, il apparaît que les premières traces d'écriture ont une origine commerciale et comptable. Il s'agit d'identifier des contenances, un nombre d'objets échangés, plus tard d'indiquer la nature de ces objets ou denrées. Un autre usage de l'écriture est encore de composer des aides-mémoires bureaucratiques et administratifs [3].


Les supports de l'écriture

Les premiers signes – des encoches puis des pictogrammes à usage comptable – sont gravés sur des calculi . On nomme ainsi, « par analogie avec les cailloux qui servaient à l'apprentissage du calcul » [4] toute une série de petits objets en argile, qui peuvent prendre la forme d'un cône, d'un cylindre, d'un tétraèdre, dont l'existence est attestée depuis le VIIe millénaire avant Jésus-Christ [5], mais qui servent de support à l'écriture à partir de la fin du IVe millénaire.

Pour éviter qu'au cours d'un transport des calculidisparaissent, ils sont enfermés dans une bulle-enveloppe en argile, de forme sphérique. Les signes gravés sur les calculi,sont reproduits, sous forme d'encoche, à la surface de la bulle. Le déroulement d'un sceau-cylindre à la surface de cette dernière permet en outre d'identifier son propriétaire et d'authentifier les indications portées sur la bulle-enveloppe. En cas de désaccord sur la quantité de marchandise, on brise la bulle pour contrôle les indications portées sur les calculi[6]. De telles bulles se retrouvent dans un espace géographique large, allant « de l'Iran à la Syrie en passant par la Mésopotamie » [7].

L'invention de la tablette d'argile provoque la disparition des calculi. L'usage de la tablette découle logiquement de celui de la bulle-enveloppe : on utilise uniquement l'argile comme support, au lieu de transmettre un objet en forme de calculiinséré dans une bulle elle-même en argile. Dès lors, on grave les signes sur la tablette - à l’aide de stylets, faits de roseaux taillés fin et en biseau ou avec des roseaux à gros bout ronds pour noter les chiffres. On la laisse sécher au soleil [8] - ce qui présente l'inconvénient de la rendre friable - ou on la fait cuire au four - ce qui la rend dure, quasi-indestructible. Souvent la cuisson est accidentelle, lors d'incendies de palais (comme celui de Mari [9]) Le cunéiforme a pu été transcrit sur d'autres supports, comme la pierre ou le métal [10].

En Egypte, on grave la pierre, mais on écrit sur le papyrus dès le IIIe millénaire, avec de l’encre, grâce à un roseau taillé - le calame - ou bien encore sur des tablettes de bois stuqués et des ostraca (morceaux de poterie ou éclats de calcaire) [11].

C'est à compter de 460 avant Jésus-Christ que les scribes du roi achéménide utilisent pour la rédaction des documents officiels un nouveau matériau : le parchemin. Il s'agit de vélin, bien plus facile à manier et à stocker que les tablettes d'argile. Toutefois, le parchemin ne fait pas disparaître les tablettes d'argiles : d'une part ces dernières, moins onéreuses à fabriquer servent toujours de brouillon, d'autre part « la plupart des textes de gestion, des contrats et des textes de la tradition continuent d'être inscrits en cunéiforme sur tablette d'argile [12] ».

En Grèce, on utilise aussi le bois, le papyrus, le cuir, la tablette de cire, le métal, mais on ne connaît pas la tablette d’argile [13].


Des pictogrammes à l'alphabet

Après une période d'utilisation de simples encoches sur les calculi, la première écriture, vers 3200-3000 - dont on trouve trace « sur ces tablettes d'Uruk, puis à Jemdet Nasr, Kish et Ur » [14] - est constituée de pictogrammes qui sont d'abord des aides-mémoire, désignant des choses dont on saisit la signification, mais sous une forme que l'on comprend sans réellement la lire. A ce stade, le signe paraît indépendant du langage [15], mais bientôt, on passe d'une écriture de choses à une écriture des mots [16].En sumérien, langue monosyllabique, un pictogramme représente originellement un mot entier.

1 500 signes environ constituent l'écriture pictographique [17], et circa 300 d'entre eux évoluent vers le cunéiforme.

C'est en effet parce que les lignes courbes sont difficiles à tracer sur des tablettes, qu'un certain nombre de signes évoluent vers de nouvelles représentations faites de lignes horizontales et verticales - en forme de clous, nommés cuneien latin - donnant naissance à l'écriture cunéiforme.

L'écriture cunéiforme, système initialement idéographique [18] (donnant la vision abstraite d'un objet), représente aussi des sons correspondant à des syllabes (la combinaison des deux possibilités conduit à un système idéophonographique) : « Les sumérologues ont ainsi découvert, par l'étude d'une tablette de Jemdet Nasr, que le mot "vie" qui ne pouvait faire l'objet d'un pictogramme ni d'un idéogramme avait été rendu par le signe de la flèche ti, son homophone. La découverte du phonétisme permettait donc d'exprimer des notions qui jusque-là ne pouvaient être transmises par l'écriture » [19]. En outre, si la langue sumérienne est monosyllabique, celle des peuples voisins ne l'est pas : le phonétisme offre la possibilité d'écrire aussi les langues sémitiques. Ainsi, l'écriture cunéiforme sert pour graver le sumérien, ses variantes sémitiques, l'élamite, le hittite ou le hurrite et elle est utilisée pour les « usages internationaux du IIe millénaire » [20]. Son usage est attesté sur une très longue période, allant de la fin du IV millénaire av. J.-C. au premier siècle de notre ère.

Les premiers hiéroglyphes apparaissent vers 3250-3200 avant Jésus-Christ, deux siècles avant la civilisation pharaonique [21]. L'écriture hiéroglyphique est figurative [22], constituée d'images calibrées [23] et identifiables, juxtaposées ou superposées, mais orientées afin d'indiquer dans quel sens doit se faire la lecture (le plus souvent de droite à gauche, ou inversement, mais aussi en colonne [24]). Comme pour l'écriture cunéiforme, elle repose sur la mise en œuvre de signes nombreux (700 signes [25]) et associe un usage idéographique (par des idéogrammes - représentant des idées - ou des logogrammes - représentant des mots -) et un usage phonétique : « Sur la célèbre "palette de Narmer", document qui témoigne de l'unification politique du pays vers 3000 avant Jésus-Christ, le nom du roi est ainsi noté par deux signés utilisés comme phonogrammes : le poisson nâr(silure ou poisson-chat) et le ciseau de sculpteur mer »[26]; par ailleurs des hiéroglyphes représentent directement un ou plusieurs mots apparentés, êtres, objets ou actions [27]. Ainsi, l'écriture hiéroglyphique « met en œuvre trois catégories de signes : les idéogrammes, les phonogrammes et les déterminatifs [28] », les derniers permettant d'indiquer la classe sémantique du mot ou facilitant son identification [29]. Les hiéroglyphes sont étudiés et utilisés jusqu'à l'édit de Théodose, en 392, qui prescrit la fermeture des temples païens de l'Empire romain [30].

Cette écriture se prête à des inscriptions concises, sur un support de pierre, mais elle est remplacée par une écriture cursive, simplifiée, utilisée en littérature ou dans l'administration, le hiératique, qui donne ensuite naissance au démotique [31]. Dès le premier siècle ap. J.-C., l'égyptien peut être écrit à l'aide de l'alphabet grec augmenté de lettres complémentaires [32].

L'invention de l'alphabet consiste en une abstraction conduisant à une simplification; elle ramène à une trentaine les signes nécessaires à l'écriture [33] en un système phonographique. Les auteurs anciens, dont Hérodote (Histoires, V) et Pline l'Ancien (Histoire naturelle, V), attribuent pour la plupart cette invention aux Phéniciens, tout en étant pondérés par Tacite (Annales, XI) [34] : « Les Egyptiens se disent les inventeurs de l'écriture, et prétendent que, de chez eux, elle passa en Grèce, par l'intermédiaire des Phéniciens, parce que ceux-ci étaient les maîtres de la mer: ainsi ils ont acquis le renom d'avoir inventé ce qu'on leur avait appris ». Les Grecs, lorsqu'ils parlent des signes constituant leur écriture, évoquent les « lettres phéniciennes  » et le mythe de Cadmos et il apparaît nettement que l'alphabet phénicien est à l'origine de tous les autres alphabets [35], à l'exception de l'alphabet coréen [36]. Cependant, un lien entre l'Egypte et l'aphabet phénicien est pressenti par Champollion, qui propose de voir dans le système phonétique de l'écriture égyptienne le modèle de l'écriture alphabétique phénicienne, puis conforté par l'idée – présente chez le Marquis Emmanuel de Rougé [37] – d'un emprunt par les Phéniciens de formes de lettres à l'écriture hiératique à l'époque des Hyksos. Aujourd'hui, il semblerait que l'on puise situer les origines « de l'écriture alphabétique sous la XIIIe ou vers le début de la XVe dynastie (XVIIII-XVIIe s. av. J.-C.) » [38], sans que l'on puisse en fixer un lieu précis - des découvertes récentes, à l'ouest de Louxor (wadi El-Hôl), relancent une hypothèse égyptienne [39] - les inscriptions alphabétiques connues les plus anciennes étant celles de Serabit el-Khadim (Sinaï), qui remontent à circa 1600 av. J.-C. [40]. Là, oeuvraient, au service du pharaon, des ouvriers sémites dans des mines de turquoise [41]. Aussi, il semblerait que  « l'écriture alphabétique n'ait pu naître que grâce au contact bénéfique de l'écriture égyptienne qui lui a servi de modèle méthodique » [42], essentiellement - mais non exclusivement - par application d'un « principe acrophonique : la représentation simplifiée d'un objet sert à noter la permière consonne du nom de cet objet [43] » et modification ultérieure des formes des lettes afin de les adapter à la culture assyro-babylonienne habituée à l'écriture cunéiforme [44]. Cette opération, permise par le travail des scribes d'Ougarit qui n'écrivaient pas sur du papyrus mais sur des tablettes d'argile, a donné des signes simples « équivalents des lettres utilisées ailleurs [45] » et dont le principe a survécu aux invasions des "Peuples de la mer" du début du XIIe siècle av. J.-C. Autre similitude, l'écriture égyptienne  et l'écriture phénicienne ne notent que les consonnes, à la différence de l'écriture mésopotamienne [46].


L'accès à l'écriture

A Sumer, dès le milieu du IIIe millénaire, sont implantées des écoles où l'écriture est enseignée, comme le montrent les "textes scolaires" exhumés en 1902-1903 à Shuruppak [47]. Plusieurs milliers de scribes exercent leur métier dans la dernière moitié du IIIe millénaire [48], qu'ils soient scribes subalternes ou de haut rang. Dans la première moitié du IIe millénaire avant Jésus-Christ, on fait exécuter des exercices d'écriture dont il reste des centaines de témoignages sur autant de tablettes d'argile [49]. Les étudiants sont issus de familles aisées ou en vue [50].

Les écritures anciennes nécessitent la connaissance d'un grand nombre de signes - nombre élevé à cause de la transcription syllabique - ce qui explique le statut élevé du scribe. Néanmoins, des études récentes ont montré que l'accès à l'écriture est plus ouvert qu'on ne l'a longtemps pensé. Des rois, des membres de la famille royale ou de la cour, des marchands sont capables, à Babylone, de lire eux-mêmes leur courrier. Parmi les scribes professionnels, on trouve, à l'occasion, en Mésopotamie, des femmes, particulièrement au début du IIe millénaire avant Jésus-Christ [51].

La diffusion de l'alphabet rencontre de nombreuses résistances, et sa facilité d'apprentissage et d'utilisation ne conduit pas à une démocratisation rapide de l'écriture, contrairement à ce qui a été parfois soutenu. D'une part l'alphabet se heurte aux écritures précédentes - cunéiforme ou égyptienne -, bien ancrées,d'autre part, la prise de contrôle du Sud de la Palestine à l'époque du Nouvel Empire par les Egyptiens conduit à ce qu'ils y diffusent l'emploi « de leur propre écriture, même s'ils reconnaissaient aux princes locaux le droit de s'adresser à eux dans la langue internationale de l'époque, l'akkadien, comme le montrent les lettres d'El-Amarna [52] ». L'alphabet ne peut donc se répandre qu'avec l'affaiblissement de l'Egypte et l'affirmation « des royaumes hébreux, phéniciens et araméens vers le XIe siècle av. J.-C. [53] »; à partir du Xe siècle, l'alphabet phénicien se diffuse de la Palestine vers la Syrie et l'Anatolie [54], il atteint la Méditerranée occidentale suite à l'expansion coloniale phénicienne [55], et dès le IXe siècle av. J.-.C on connaît une inscription phénicienne monumentale à Nora, en Sardaigne [56]. Toutefois, il n'en reste pas moins que dans les sociétés adoptant l'alphabet, on ne connaît pas de castes de lettrés équivalentes à celle des scribes égyptiens ou des mandarins chinois [57].


[1] "à l'extrême fin du IVe millénaire" selon Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 102

[2] "Quatre galets et les origines de l'écriture", in L'Histoire, n° 215, novembre 1997

[3] KRAMER (Samuel Noah), "Les premières écoles", in L'Histoire commence à Sumer, Arthaud, 1986, p. 33

[4] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 103

[5] idem, p.103

[6]idem, p. 103

[7] idem, p. 103

[8] BOTTERO (Jean), « Mésopotamie : la plus vieille écriture du monde », Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n°29, p. 21

[9] idem, p. 21

[10] idemp. 21

[11] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 107

[12] JOANNES (Francis), La Mésopotamie au 1er millénaire av. J.-C., Armand Colin, 2000, p. 135

[13] Amouretti et Ruzé, Le monde grec antique, Hachette, 1990

[14] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 104

[15]idem, p. 104

[16] Voir par exemple BOTTERO (Jean), « De l'aide-mémoire à l'écriture », in Ecritures, systèmes idéographiques et pratiques expressives, Le Sycomore, 1982

[17] "des centaines de signe" évoqués parJean-Claude Margueron, Les Mésopotamiens,tome 2, Armand Colin, 1991, et la précision "300" est donnée in Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 103.

[18] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 104

[19] idem, p. 104; un exemple de tablette de Djemdet Nasr (écriture pictographique, musée du Louvre, 3000 av J.-C.)

[20] idem, p. 105

[21] VERNUS (Pascal), « Qu'est-ce qu'un hiéroglyphe ? », Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n°29, p. 28

[22] idem,p. 23

[23] dem,p. 25

[24] dem,p. 25

[25] Plusieurs centaines de signes selon Sabatino Moscati (dir.), les Phéniciens, Stock, 1997, p. 103, et "700 signes" in Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 106

[26] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 106

[27] VERNUS (Pascal), « Qu'est-ce qu'un hiéroglyphe ? », Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n°29, p. 26

[28] idem, p. 25

[29] idem, p. 28

[30] idem, p. 28

[31] Jean-Claude Margueron et Luc Pfirsch, Le Proche-Orient et l'Egypte antiques, Hachette Supérieur, 2001, p. 107; cf. aussi VERNUS (Pascal), « Qu'est-ce qu'un hiéroglyphe ? », Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n°29, p 28 où l'auteur précise que « le terme « démotique » désigne tout à la fois une cursive et l'état de la langue égyptienne »; pour le démotique, cf. la pierre de Rosette, qui propose le même texte en 3 versions : hiéroglyphique, démotique, grecque.

[32] idem, p. 24

[33] Cf. ce qu'en disait cet ouvrage classique de l'enseignement secondaire : « Les Egyptiens et les Assyriens avaient déjà cherché à simplifier leur écriture, fort compliquée. Mais c'est aux Phéniciens, commerçants ingénieux, qu'on doit l'invention capitale de l'alphabet, c'est-à-dire le choix d'un petit nombre de signes correspondant chacun, non plus à une idée, à un mot, ou même à une syllabe, mais à un son simple émis par la bouche. Le nom d'alphabet vient des deux premières lettres de l'alphabet phénicien, "aleph" et "bet". Cet invention eu lieu dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C. Les fouilles d'Ougarit (Ras-Shamra), au Nord de la Phénicie, ont permis de découvrir un alphabet remontant à 1500 av. J.-C. L'alphabet phénicien fut imité par les Grecs. A leur tour, les Latins eurent un alphabet copié sur l'alphabet grec. Et nous-mêmes avons gardé l'alphabet latin. » Isaac, Histoire 6e, Hachette, 1955, p. 85

[34] LEMAIRE (André), « Les « Hyksos » et les débuts de l'écriture alphabétique au Proche-Orient », in VIERS (Rina) (dir.), Des signes pictographiques a l'alphabet, Karthala, 2000, p. 104

[35] BRIQUEL-CHATONNET (Françoise), « La révolution de l'alphabet », in Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n° 29, p. 39

[36] idem, p. 40

[37] LEMAIRE (André), « Les « Hyksos » et les débuts de l'écriture alphabétique au Proche-Orient », in VIERS (Rina) (dir.), Des signes pictographiques a l'alphabet, Karthala, 2000, p. 106

[38] idem, p. 117

[39] BRIQUEL-CHATONNET (Françoise), « La révolution de l'alphabet », in Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n° 29, p.44

[40] idem, p. 41

[41] idem, p. 41

[42] LEMAIRE (André), « Les « Hyksos » et les débuts de l'écriture alphabétique au Proche-Orient », in VIERS (Rina) (dir.), Des signes pictographiques a l'alphabet, Karthala, 2000, p. 119

[43] BRIQUEL-CHATONNET (Françoise), « La révolution de l'alphabet », in Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n° 29, p.41

[44] idem, p. 42

[45] idem, p. 42

[46] idem, p. 43

[47] KRAMER (Samuel Noah), "Les premières écoles", in L'Histoire commence à Sumer, Arthaud, 1986, p. 33

[48]idem, p. 33

[49] idem, p. 34

[50] idem, p. 35

[51] Brigitte Lion, « Les femmes scribes de Mésopotamie", in L'Histoire, n°334, septembre 2008; déjà Jean-Claude Margueron évoquait ce fait inJean-Claude Margueron, Les Mésopotamiens,tome 2, Armand Colin, 1991, p. 179 : « Il est assez remarquable que des femmes, à partir de l'époque d'Hammurabi, aient eu accès à la profession; même si le cas ne s'est pas présenté fréquemment, la documentation de Mari l'atteste, ainsi que celle de Sipar. »

[52] LEMAIRE (André), « Les « Hyksos » et les débuts de l'écriture alphabétique au Proche-Orient », in VIERS (Rina) (dir.), Des signes pictographiques a l'alphabet, Karthala, 2000, p. 119

[53] idem, p. 119; voir la tablette de Gezer (950 av. J.-C., musée archéologique d'Istanbul) et la stèle de Mesha, roi de Moab (850 av. J.-C.)

[54] BRIQUEL-CHATONNET (Françoise), « La révolution de l'alphabet », in Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n° 29, p.45

[55] http://classes.bnf.fr/ecritures/grand/n048.htm

[56] BRIQUEL-CHATONNET (Françoise), « La révolution de l'alphabet », in Les collections de l'Histoire, octobre-décembre 2005, n° 29, p. 39

[57] idem, p. 40

 

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Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 21:43

Emile Mayer est encore méconnu du grand public, mais de moins en moins des spécialistes de l'histoire contemporaine. Un ouvrage collectif paru à la fin de l'année 2007 en témoigne (Le colonel Mayer, de l’affaire Dreyfus à de Gaulle, Un visionnaire en République). Il aura néanmoins fallu plus de dix ans pour qu'un second ouvrage soit consacré à ce militaire républicain, politiquement proche de la gauche modérée. 


En effet, un premier ouvrage de Jacques Schapira et Henri Lerner - ce dernier professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris XII-Val de Marne - lui avait en effet été consacré en 1995 (Emile Mayer, un prophète baillonné, éditions Michalon, avec une préface de Jean Lacouture). La parution d'un second ouvrage sur Emile Mayer nous donné envie de lire le premier, ce que nous n'avions pas pu faire auparavant. Voici, non pas un résumé, ni même un compte-rendu de l'ouvrage, mais ce que nous avons pu en tirer concernant le positionnement républicain de Mayer, que Henri Lerner propose de voir comme exemplaire d'une époque en qualifiant le personnage de "pur produit de l'esprit républicain". Nous espèrons ne pas trahir en ces lignes ce que Henri Lerner et Jacques Schapira ont cru pouvoir indiquer sur ce point. Nous invitons les lecteurs de cet article à se documenter plus avant pour faire éventuellement les précisions ou rectifications qui s'imposeraient, en lisant l'ouvrage, en consultant le compte-rendu d'Olivier Forcade dans la revue XXe siècle, ou en consultant l'ouvrage collectif plus récent paru fin 2007 et dont un compte-rendu, par Fabrice Mattatia, est disponible dans le Bulletin de la SABIX.


Emile MAYER passe son enfance et son adolescence à Angoulême, son père étant directeur de la poudrerie sise dans cette ville. Il est cependant issu d’une famille juive de Nancy.
Au lycée, il se contente du strict minimum, mais se forge quand même une culture littéraire et historique, se concentrant sur le monde antique, l’époque moderne, et l’épopée napoléonienne.
Après un bref détour par Nancy, il monte finalement à Paris pour passer au lycée Charlemagne son baccalauréat es-science, en prélude à la préparation de l’X. Nous sommes alors vers les derniers temps du Second Empire. Et, en complément de sa tradition familiale – sa mère étant la fille de Michel Goudchaux, deux fois ministre des Finances sous la Deuxième République – c’est particulièrement là qu’il est plongé dans une atmosphère pénétrée d’esprit républicain.

Les leçons particulières qu’il reçoit alors d’Emile Boutmy – le fondateur de l’Ecole libre des sciences politiques – lui apprennent d’une part à mettre en œuvre une méthode d’analyse, axée sur la prise en compte des faits mais cherchant à expliquer les choses, les hommes, les faits sociaux, en introduisant des éléments de psychologie, et d’autre part à adopter un état d’esprit libre, dégagé de tout système.

On peut trouver ici la source du non-conformisme qui lui cause ensuite bien des soucis pour sa carrière militaire, mais qui fait la richesse de sa pensée.

Le jeune Mayer s’abstient de prendre parti pour ou contre la Commune de Paris, et, d’une manière générale, il évite ensuite, tout au long de sa vie, de trop s’engager politiquement : la carrière militaire vers laquelle son père l’a dirigé, initialement à son corps défendant, le contraint à une attitude de réserve. Néanmoins, ses convictions indéfectiblement républicaines, l’amènent à fréquenter à plusieurs reprises des figures politiques majeures de la gauche : il collabore avec Jean Jaurès de 1900 à 1904, le documentant sur tout ce qui concerne l’armée française de l’époque, puis il a l’occasion de s’entretenir fréquemment, dans les années 1930, avec Léon Blum : il est en famille avec lui suite à une alliance matrimoniale. Le gendre d’Emile Mayer n’est, en effet, autre que Paul Grunebaum-Ballin, un juriste social déjà collaborateur d'Aristide Briand lors de l’élaboration de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, appelé plus tard à présider l'office des HBM puis des HLM sous la Troisième et encore au début de la Quatrième République. La femme de Paul Grunebaum-Ballin est la cousine de la seconde femme de Léon Blum. Le salon que Mayer anime dans les années 1920 et 1930, et où Blum est venu à titre privé alors même qu'il était aux affaires, s’enrichit encore du passage d’autres politiques, comme le député Philippe Serre – secrétaire d’Etat des gouvernements Chautemps et Blum – membre de la Jeune République – parti catholique social fondé par Marc Sangnier –, et peut-être, même si cela semble moins sûrement établi, de Léo Lagrange …


Le salon du boulevard Beauséjour, que Mayer anime, est encore fréquenté par Charles de Gaulle. Le point commun entre Mayer et de Gaulle ? Ce sont deux militaires non-conformistes, qui tentent de balayer les idées toutes faites en matière de doctrine, et confrontent leurs idées sur la nécessité de préparer la guerre suivante en tenant compte de la modernisation des armements … au lieu de se contenter, comme le font les chefs militaires de l’entre-deux-guerres, de croire que le conflit prochain se gagnerait en réitérant les options du précédent. Dès les années 1920, Mayer imagine une aviation capable de mener une guerre aérochimique, ce qui permettrait, en vient-il même à penser, de se passer d'une armée de terre; dès 1932, de Gaulle plaide pour la création d’un corps de blindés. Leurs propos sont ignorés en France, se heurtant à l’impéritie du haut commandement et au pacifisme ambiant, alors qu’au même moment, en Allemagne, Guderian théorise l’action combinée de l’aviation et des chars qui permet finalement à l’Allemagne de mener avec succès la guerre-éclair en Pologne en 1939, puis en France en 1940. 


Tentons maintenant de mettre en relief, autant qu’il est possible de le cerner, ce qu’est pour Mayer l’esprit républicain.

Tout d’abord un attachement viscéral à la république parlementaire. Attachement non seulement aux institutions démocratiques – et il influence en ce sens considérablement Charles de Gaulle pendant les années 1930 – mais aussi à un ensemble de valeurs morales et civiques.

La tradition laïque lui importe particulièrement, même s’il a désapprouvé la politique combiste, la considérant comme excessive, et confondant laïcisation et anticatholicisme. Mayer souhaite, comme son gendre, Paul Brunebaum-Ballin – chargé par Aristide Briand d’étudier les modalités d’application de la loi avec Léon Parsons et Louis Méjean – une loi dépourvue d’esprit combattif, qui soit ferme sur la Séparation tout en restant respectueuse du culte.

Israélite, Mayer n’est cependant pas pratiquant, et ne donne pas d’éducation religieuse particulière à ses enfants, ceux-ci se mariant civilement le moment venu. Anatole France est même présent au mariage de sa fille aînée, Cécile, et de Paul Brunebaum-Ballin, ce qui donne à cet événement, aux dires de Michel Lerner une « figure de cérémonie républicaine ».

N’oublions pas de souligner que Mayer est une victime des contrecoups de l’affaire Dreyfus, elle-même issue de la grande vague d’antisémitisme venue d’Europe centrale et qui touche la France à la fin du XIXe siècle : militaire, comme Dreyfus, israélite, comme Dreyfus, ses supérieurs et deux ministres de la Guerre (Krantz, antidreyfusard notoire, aggravant même de manière tout à fait contestable une sanction moins forte décidée par son prédécesseur Freycinet) tirent prétexte de la parution dans une revue suisse, sous l’impulsion de Mayer, d’une note à diffusion restreinte, et ce sans autorisation préalable, pour le placer en retrait de l’armée en 1899. Il est réintégré en 1907, suite à une intervention du président de la Ligue des Droits de l’Homme, Francis de Pressensé, auprès du ministre de la Guerre du gouvernement Clemenceau, le général Picquart.

La laïcité est donc une nécessité pour la communauté israélite qui, avant l’affaire Dreyfus n’est pas traversée par un phénomène communautariste, mais souhaite au contraire sa complète intégration dans la société. L’attitude du père de Mayer à Angoulême, suite au décès de sa fille aînée, est bien révélatrice de cet état d’esprit : il obtient que soit abattu, à l’intérieur du cimetière, le mur qui sépare les sépultures catholiques des autres …

Ainsi, le sentiment d’appartenance à la France, chez Mayer, passe avant toute autre considération. Pour autant, son patriotisme ne va pas jusqu’à l’esprit de revanche contre l’Allemagne, partagé par nombre de ses contemporains. Attachement à la France par la raison, mais sans exacerbation du sentiment national : du patriotisme, mais pas de nationalisme. A l’opposé, il est capable de recevoir les propos antimilitaristes et pacifistes de Roger-Martin du Gard, avec lequel il est en relation suivie à partir de 1922, mais sans les partager.

L’esprit de tolérance va de pair, chez Emile Mayer avec l’esprit libéral, entendu dans le sens du libéralisme politique. En ce qui concerne le libéralisme économique, Mayer souhaite une politique réformiste, mais s’il a le cœur a gauche, il ne va pas jusqu’à être favorable à l’instauration du socialisme tel qu’on l’entendait à l’époque : le collectivisme lui semble une illusion. Par contre, il conçoit qu’une véritable politique républicaine doive mener à accomplir les réformes nécessaires. C’est aussi en ce sens qu’il soutient l’action du Bloc des gauches, au début du XXe siècle, même s’il investit spécifiquement le domaine du militaire en créant une revue au titre éloquent, L’Armée et la nation, avec pour objectif de réconcilier la première et la seconde, au sortir de l’affaire Dreyfus. Le général André, militaire qui a toujours mis en avant ses convictions républicaines, devenu ministre de la Guerre, lui accorde même une subvention initiale de 400 francs. Cette revue paraît jusqu’en 1908. Plus tard, dans les années 1930, Mayer publie dans des revues proches de la mouvance radicale, comme l’Œuvre ou La Lumière


Cet article souhaite attirer l’attention sur le positionnement républicain d’une personnalité – restée largement méconnue du grand public de son vivant, sauf à un moment particulier de la Grande guerre non évoqué ici, mais que l’on redécouvre aujourd’hui – et sur les caractéristiques de ce positionnement républicain : attachement à l’esprit critique, à la liberté de pensée, à la laïcité, à la tolérance, au libéralisme politique, à une politique réformiste et à la république parlementaire, à un patriotisme qui refuse le nationalisme, à un refus encore du communautarisme et ce alors que Mayer appartient à une minorité.

 

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Mardi 1 janvier 2008 2 01 /01 /Jan /2008 18:26

D'après Serge MAUPOUET, Etude préliminaire des aspects sociaux, économiques et relationnels de la République des Lettres dans la première moitié du XVIIe siècle, Tome 1, MEMOIRE DE DIPLÔME D'ETUDES APPROFONDIES, présenté en octobre 1999, Université de Paris IV - Faculté des Lettres - Département d'histoire

 

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Publié dans : histoire moderne
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